J’ai un ver d’oreille depuis que j’ai terminé la lecture du reportage Pour aider la machine verte. Difficile de ne pas penser aux célèbres paroles de la chanson Un musicien parmi tant d’autres, d’Harmonium, en découvrant la démarche entreprise par plusieurs acteurs clés de la filière environnementale québécoise à l’approche des élections.
Pour la toute première fois, six grands regroupements issus des milieux de l’environnement et de l’économie verte se sont alliés afin de réclamer et de proposer, par le biais d’une feuille de route commune, différentes mesures pour faciliter, voire accélérer, la transition écologique au Québec. Comme ils sont au cœur de la machine verte, ils méritent d’être entendus, et leurs propositions valorisées.
« On a mis quelqu’un au monde, on devrait peut-être l’écouter. »
Le lien avec la chanson d’Harmonium ? N’est-ce pas le gouvernement québécois – porté successivement par différents partis – qui, par ses politiques, ses règlements et ses normes, a contribué en bonne partie à faire naître cet écosystème environnemental et à façonner cette « machine verte » au fil du temps ?
Les politiciens qui aspirent à diriger le Québec au lendemain du 5 octobre ont donc tout intérêt à écouter ce qu’ont à dire ces spécialistes, chercheurs, entrepreneurs et travailleurs qui œuvrent au quotidien à la protection de l’environnement.
Ce qu’ils demandent : davantage de prévisibilité et une accélération des processus ; des stratégies pour attirer et retenir une main-d’œuvre qualifiée ; des programmes d’innovation et un meilleur accès au financement ; une révision de la définition de « matières résiduelles » et une vigilance accrue à l’égard des nouvelles tarifications.
Gros bon sens
Il n’y a rien de frivole ni de démesuré dans ces requêtes, fondées sur leur expérience du terrain. Que du gros bon sens. Avant de se lancer dans de grandes et coûteuses réformes, comme celle de la consigne, pourquoi ne pas s’assurer que ce qui est en place remplit ses promesses ?
Parfois, il suffirait peut-être de sortir des bureaux et d’aller (ah, ces satanées compressions budgétaires !) davantage sur le terrain. Une présence accrue des représentants du ministère de l’Environnement favoriserait une meilleure compréhension des projets, des besoins et des enjeux, comme l’avance Kevin Morin, directeur général du Conseil des entreprises en technologies environnementales du Québec (CETEQ).
Autre exemple : agir pour pallier la pénurie de main-d’œuvre spécialisée, dont celle qui touche les métiers de l’eau, comme le relève la directrice générale d’EnviroCompétences, Dominique Dodier, n’a rien d’un caprice non plus.
Bref, il n’est pas question ici de revoir à la baisse les normes élevées de protection de l’environnement, mais plutôt de mettre un peu d’huile dans les engrenages de la machine verte pour qu’elle tourne plus rondement et qu’elle gagne en vitesse afin d’atteindre les cibles fixées. Difficile de s’y opposer, non ?
Beaucoup de bruit
Reste que si les politiciens tendent d’emblée l’oreille aux différentes doléances en période électorale, la filière environnementale n’aura pas la partie facile cette fois-ci.
« Il y a beaucoup de bruit actuellement », constate le chroniqueur et vulgarisateur en environnement, Grégory Pratte. Et il n’a pas tort. L’incertitude économique et les soubresauts géopolitiques occupent tout l’espace.
Pendant que Donald Trump fait la pluie et le beau temps, le coût de la vie continue son escalade et la crise du logement perdure.
Pourtant, les effets des changements climatiques ne se limitent pas à la hausse des températures. Ces bouleversements peuvent aussi se traduire par des répercussions financières bien tangibles sur l’ensemble de la société. Les événements météorologiques extrêmes peuvent notamment affecter les récoltes et faire grimper le prix des aliments. Les inondations, quant à elles, peuvent entraîner une hausse des coûts d’entretien et des primes d’assurance pour les propriétaires de logements et de maisons.
Les demandes des acteurs de la machine verte ne peuvent donc pas être ignorées. Les conséquences seraient trop grandes et trop coûteuses. Elles ne doivent pas figurer dans le « top 3 » en période électorale pour finir à la filière 13 une fois le nouveau gouvernement élu.
Kevin Morin le rappelle : le secteur de l’environnement repose sur des gens passionnés, motivés et profondément engagés, des bâtisseurs qui croient en leur cause. Encore faut-il leur donner les moyens de continuer à gérer et à protéger notre environnement. Il ne faudrait pas freiner cet élan avec une bureaucratie trop lourde ou trop complexe. Peut-être est-il temps de revoir certaines priorités ?
« On a mis quelqu’un au monde, on devrait peut-être l’écouter… »