Le vieillissement des infrastructures d’eau souterraine représente un défi de taille qui ne peut plus être ignoré. Seuls des investissements soutenus et une planification à long terme permettront d’en assurer la pérennité, estime le président-directeur général de Réseau Environnement, Mathieu Laneuville.
Selon lui, cet enjeu devrait figurer au cœur des engagements des partis politiques. « C’est vraiment important pour nos membres », affirme-t-il.
Réseau Environnement regroupe plus de 2 000 spé-cialistes en environnement issus des secteurs privé, public et universitaire. Ceux-ci œuvrent dans différents domaines liés à l’environnement, notamment l’eau, l’air, les sols, les matières résiduelles, les changements climatiques, l’énergie, les eaux souterraines et la biodiversité.
Mathieu Laneuville souligne que l’état de vétusté des infrastructures souterraines figure parmi les trois grandes priorités que l’organisme souhaite voir prises en charge par le prochain gouvernement, à l’issue des élections de l’automne.
Selon lui, cet enjeu souffre depuis longtemps d’un manque de visibilité, notamment parce qu’il concerne des infrastructures enfouies sous terre. La situation est toutefois en train de changer, se réjouit-il. Au cours des derniers mois, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer leur vétusté ainsi que le déficit d’entretien des infrastructures publiques, qui dépasse les 40 milliards de dollars.
L’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ), l’Union des municipalités du Québec (UMQ) ainsi que le Groupe tactique sur les infrastructures en eau liées au logement, formé entre autres par l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation (APCHQ), l’Association de la construction du Québec (ACQ) et Réseau Environnement, ont tour à tour exprimé leurs préoccupations.
Solutions proposées
Selon le président-directeur général de Réseau Environnement, des solutions existent, et il formule le souhait que les « partis politiques mettent la main à la pâte, prévoient une stratégie d’investissement et règlent l’enjeu ».
Or, le message semble vouloir passer. La première ministre du Québec, Christine Fréchette, a annoncé en juin une aide d’un milliard de dollars sur dix ans pour aider les municipalités à entretenir leurs infrastructures en eau. Une somme insuffisante pour régler tous les problèmes, a néanmoins reconnu dans la foulée le ministre des Finances, Éric Girard, selon La Presse.
Dans sa plateforme électorale 2026 pour le Québec intitulée Des actions concrètes pour une économie verte, rentable et crédible, élaborée en prévision des élections de l’automne, Réseau Environnement recommande l’adoption d’une stratégie comprenant notamment la création de réserves financières municipales destinées au financement du maintien des actifs.
Cette réserve pourrait s’inspirer du modèle des fonds de prévoyance désormais obligatoires dans les copropriétés divises. « Si on a été capables de le faire dans le secteur privé, on devrait être capables de le faire pour un service essentiel comme l’eau », estime Mathieu Laneuville.
Réseau Environnement propose également que les gouvernements du Québec et du Canada contribuent au financement du déficit d’entretien et des travaux de mise aux normes. L’organisme préconise par ailleurs l’instauration d’une tarification volumétrique de l’eau, appuyée par l’installation de compteurs, dans les secteurs industriel, commercial et institutionnel.
Cette tarification volumétrique pourrait en outre être proposée au secteur résidentiel et devenir obligatoire dans les municipalités où la capacité des infrastructures limite l’approvisionnement en eau.
« Les solutions existent, réagit le président-directeur général du regroupement de spécialistes. Il reste à avoir le courage politique pour régler cet enjeu-là. »
Les fameuses lingettes…
Réseau Environnement presse également le futur gouvernement d’agir sur l’étiquetage des lingettes humides. Trop souvent jetées dans les toilettes, celles-ci causent d’importants problèmes dans les égouts et obligent les municipalités à débourser des dizaines de millions de dollars annuellement pour remédier aux blocages qu’elles provoquent.
Selon l’organisme, « il est nécessaire d’avoir des normes claires permettant aux fabricants de promouvoir des lingettes comme étant « jetables » dans les toilettes seulement si elles respectent les critères de biodégradabilité établis ».
Réseau Environnement est convaincu que l’adoption de logos uniformes sur les paquets de lingettes contribuerait à une meilleure protection des infrastructures d’eaux usées.
« Ça coûterait quelques centaines de milliers de dollars et on réglerait cet enjeu-là, calcule Mathieu Laneuville. Ça permettrait de sauver des millions par année. Le délai de récupération de cet investissement serait très court. Il y a des initiatives concrètes que le gouvernement pourrait mettre en place pour faire des changements majeurs. »
Mathieu Laneuville estime que les politiciens sont à l’écoute des demandes et des préoccupations des acteurs du secteur environnemental. « Il faut que ça se traduise par des engagements concrets sur les plateformes électorales », déclare-t-il.
« Plus le déficit de gestion des actifs croît, plus la gestion de risque devient délicate, et les choix, difficiles. »»
— Mathieu Laneuville, président-directeur général de Réseau Environnement