On est hot, au Québec. Je le répète souvent. On est chanceux, on a de l’eau partout. Elle est tellement accessible que, parfois, on a tendance à en oublier la valeur.
On vit un paradoxe. On fait partie des endroits les plus riches en eau douce au monde, avec 20 % des réserves mondiales. C’est tout un privilège que d’être né au bon endroit. Pourtant, on agit collectivement comme si cette ressource était inépuisable. Pourquoi ? Analysons les efforts d’ISÉ (information, sensibilisation et éducation) qu’on fait depuis des décennies. On lance des chiffres, on conçoit des messages et on produit des outils. Bravo pour ça ! Mais, sur le terrain, on dirait que les comportements changent peu. Et si c’était une belle occasion de revoir nos stratégies en matière d’ISÉ ?
Le mythe de l’abondance et de l’équité
Une proportion importante de citoyens croit dur comme fer à l’accès équitable et abondant à l’eau. Cette perception est rassurante – et fausse. Pendant que j’écris ces lignes, des communautés autochtones manquent d’eau depuis des semaines, voire des mois pour certaines. Ce manque n’est pas dû à de la négligence individuelle, mais à des infrastructures inadéquates. Saviez-vous qu’on envoie régulièrement des bouteilles d’eau par avion ?
Ça coûte une fortune, en argent comme en conséquences sur l’environnement. Il faut savoir qu’historiquement, les infrastructures sont sous-financées. C’est le cas autant au nord qu’au sud, mais, au nord, les communautés autochtones ont soif.
Il est temps de revoir notre façon de raconter l’eau et de mettre davantage en lumière notre rapport collectif à cette ressource précieuse.
Informer ne suffit pas pour agir
Ça fait des décennies qu’on informe. On explique notamment le cycle de l’eau, les volumes consommés par citoyen et les répercussions d’une douche trop longue. Oui, ces informations sont nécessaires, essentielles même. Mais, il faut avouer qu’elles ne sont pas suffisantes – pas pantoute. Le savoir, et même le voir, ne mène pas automatiquement à un changement de comportement.
La bonne ISÉ ne cherche pas à faire peur ni à culpabiliser. Elle cherche à rendre le changement désirable, facile et accessible. Elle part du quotidien des gens, de leurs valeurs, de leurs préoccupations concrètes, bref, de la vraie vie. Elle reconnaît aussi une réalité fondamentale : la protection de l’eau n’est pas un enjeu exclusivement individuel. C’est un projet collectif. Oui, un vrai projet de société.
Donner du sens
Un des besoins les plus profonds de l’humanité, c’est de bien faire. On veut tous bien faire. Et un des leviers les plus puissants de l’ISÉ, c’est le sentiment d’être utile. On change plus facilement nos comportements quand on comprend pourquoi, et surtout, à quoi servent nos efforts. Le fameux « pour sauver la planète », ça ne fonctionne plus vraiment en 2026. On le sait, tout coûte cher, et les gens sont bien tannés de payer. Alors, économisons en prolongeant la durée de vie des infrastructures municipales. Chaque fois qu’on jette une lingette dans la toilette, combien ça coûte à la collectivité ? Il faut rendre visible ce qui est habituellement invisible. Revenir à l’essentiel. Démontrons que prendre soin de ce qu’on a, c’est une responsabilité collective.
Miser sur la fierté
J’aime bien cette phrase du chanteur Daniel Boucher : « fier, même la tête baissée ». À mon avis, la fierté est un levier de changement sous-utilisé. Valorisons nos bons coups, autant ceux des citoyens que ceux des municipalités et des entreprises. Créons collectivement un effet d’entraînement.
Quand on fait découvrir les changements en cours, les solutions qui existent et le fait que nos actions portent leurs fruits, on sort doucement du discours anxiogène du « on va tous crever de soif » pour entrer dans une réelle mobilisation.
Repenser à l’ISÉ de l’eau
Faire de la bonne ISÉ, ce n’est pas poser des affiches sur des panneaux-réclames en bordure des autoroutes, tapisser des abribus et acheter du temps d’antenne à la télé. C’est communiquer mieux, c’est accepter que le changement de comportement est un processus. Je comprends l’urgence d’agir, mais ça prend du temps. Je le répète régulièrement : il faut écouter, tester et s’ajuster. L’ISÉ, c’est un éternel recommencement. Tant qu’il y aura de nouveaux citoyens qui naîtront, on doit investir massivement en ISÉ.
La protéger, en prendre soin, ce n’est pas renoncer à son confort. C’est investir dans notre avenir collectif. Et ce message-là, il mérite assurément d’être bien raconté.
Le défi, c’est de redonner à l’eau ses lettres de noblesse, toute sa valeur collective.