Croître dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre n’est pas une sinécure. Mais l’entreprise Nordikeau réussit à relever ce défi. Ses atouts ? Son sens de l’innovation et son équipe « tissée serrée » de quelque 200 travailleurs répartis aux quatre coins de la province.
« La force du nombre nous permet d’être présents pour nos clients », fait valoir Kaëla Éthier-Bergeron, adjointe au développement stratégique, également responsable des communications chez Nordikeau.
Spécialisée dans la gestion des infrastructures d’eau, la PME de Joliette accompagne près de 460 municipalités de différentes tailles, réparties dans différentes régions du Québec. Ses services couvrent l’ensemble du cycle de l’eau (captage, traitement, stockage, distribution, collecte, assainissement, retour au milieu naturel) et se déclinent de différentes façons.
« On fait autant du soutien opérationnel que de l’accompagnement technique et des interventions d’urgence, relève Mme Éthier-Bergeron. Comme nos experts sont présents partout au Québec, ça nous permet de nous mobiliser rapidement, par exemple s’il y a une urgence. »
Concrètement, des duos d’opérateurs et de techniciens en traitement de l’eau sont déployés — et à l’œuvre — dans les différentes régions, allant de l’Abitibi à la Gaspésie et du Nord-du-Québec à l’Estrie, explique le vice-président ventes et projets spéciaux, Jean-François Audet.
« Un opérateur et un technicien qualifiés peuvent, par exemple, couvrir plusieurs municipalités, ajoute-t-il. Ça nous permet de regrouper les forces. Pour nos clients, ça veut dire qu’il n’y a jamais de bris de service, qu’il y a toujours quelqu’un capable de répondre à la situation. »
Ce travail de synergie n’est pas nouveau, précise M. Audet. « Ça a toujours été une solution mise de l’avant dans les régions éloignées, dit-il. C’est ce qui nous permet de rendre ce service essentiel à un coût raisonnable, avec la main-d’œuvre disponible. »
Les équipes de Nordikeau travaillent de façon régulière ou ponctuelle au fonctionnement des infrastructures de traitement d’eau, par exemple pour le remplacement du personnel municipal. Elles veillent également au respect des différentes exigences réglementaires, de même qu’aux travaux d’inspection, de diagnostic et d’entretien de réseaux de distribution d’eau potable.
En situation de crise, causée, par exemple, par une fuite d’eau importante, la force du nombre est également mise à profit. Différentes équipes d’une région donnée peuvent alors être appelées en renfort pour minimiser les répercussions sur les infrastructures d’eau. Outre les municipalités, Nordikeau est active dans les secteurs industriel et minier.
Recrutement actif
Les besoins de services en eau étant importants, Nordikeau enregistre une croissance annuelle de 15 à 20 %, affirme le président et fondateur de l’entreprise, Jean-François Bergeron.
La PME, en activité depuis 1994, comble une partie de ses besoins de main-d’œuvre en France depuis 2019. Un arrangement de reconnaissance mutuelle (ARM) des qualifications professionnelles des travailleurs des métiers de l’eau entre le Québec et la France facilite le recrutement.
« Cette reconnaissance mutuelle veut dire qu’un technicien français qui arrive chez nous a automatiquement les cartes de qualification exigées au Québec », relève M. Bergeron.
Selon lui, une partie du développement de Nordikeau passera d’ailleurs par la France, où elle s’est implantée en 2024. L’an dernier, la PME québécoise a également acquis Futureau, la société française chargée de son recrutement dans l’Hexagone.
Mais, au Québec, tout ne doit pas reposer sur l’embauche de travailleurs issus de l’immigration, estime Jean-François Bergeron.
Nordikeau va ainsi à la rencontre de futurs diplômés des différents programmes et accueille bon nombre de stagiaires. « On va même dans les écoles secondaires pour expliquer les métiers de l’eau, avance Kaëla Éthier-Bergeron. C’est tellement méconnu. »
« Il faut rester très actif sur le marché du travail parce que c’est tendu, renchérit Jean-François Audet. Il y a peu de joueurs disponibles pour les besoins. »
« Le taux de chômage augmente chez les jeunes, mais le taux de placement est de 100 % dans les métiers de l’eau, ajoute-t-il. Ce sont donc des métiers d’avenir! »
Partager son expertise
Ces circonstances ont d’ailleurs incité Nordikeau à jeter les bases de son tout nouveau centre de perfectionnement des métiers de l’eau, à la fin de 2025. Les activités de la nouvelle entité se mettent en place, précise Jean-François Audet
Bonifier la formation des employés, afin entre autres de s’assurer qu’ils ont les compétences techniques requises pour mener à bien le travail à effectuer, est l’un des objectifs de cette initiative, explique le vice-président aux ventes et projets spéciaux.
Mais le centre de perfectionnement rayonnera plus largement auprès de la clientèle de Nordikeau. Ses activités seront également accessibles aux employés municipaux qui souhaitent parfaire leurs connaissances, note Kaëla Éthier-Bergeron.
« Certaines municipalités avec lesquelles on travaille ont des employés qui s’occupent des usines [d’eau potable et d’eaux usées]. On peut leur offrir des formations pour les mettre à jour sur les nouvelles réglementations ou sur les nouveautés du secteur », illustre-t-elle.
Selon elle, la mise sur pied de ce centre de perfectionnement s’inscrit d’ailleurs dans une « suite logique », car l’entreprise a toujours été active dans l’assistance technique et le « compagnonnage » auprès de sa clientèle.
« C’est une autre façon pour nous de partager notre expertise », estime la représentante de l’entreprise, en précisant que Nordikeau offre déjà de façon ponctuelle différents webinaires et conférences techniques.
L’entreprise fait également le pari que son centre de perfectionnement des métiers de l’eau exercera un effet d’attraction, voire de rétention, auprès de la main-d’œuvre.
« On sait que le fait de pouvoir se former au sein d’une entreprise, d’y poursuivre son cheminement et d’y acquérir de nouvelles compétences est de plus en plus recherché par ceux et celles qui sont sur le marché du travail », affirme Mme Éthier-Bergeron.
Innover avec le numérique
La mise au point de solutions numériques, propulsées par le secteur d’innovation de Nordikeau, a par ailleurs pris de l’ampleur au cours des dernières années. De nouveaux outils ont été développés et mis de l’avant pour faciliter les différentes facettes de la gestion des infrastructures d’eau.
C’est notamment le cas de la plateforme Nordicité, alimentée par l’intelligence artificielle (IA). Déployée depuis 2022, elle permet aux municipalités d’optimiser la gestion de leurs services d’eau et d’assainissement en recueillant différents indicateurs et en croisant des données.
« Nordicité offre une meilleure visibilité de l’ensemble des données disponibles pour permettre à un opérateur ou à un technicien de mieux faire son travail, souligne Jean-François Audet. C’est un système d’aide à la décision. »
De nouvelles phases de développement de l’outil sont par ailleurs en cours afin d’intégrer l’IA à certains volets pour anticiper diverses situations, tel un éventuel problème à un puits d’eau potable, avant qu’elles ne surviennent.
Avec l’augmentation de la récurrence des événements météo extrêmes, il est essentiel d’être en mesure d’optimiser l’opération des puits, selon leurs critères de conception, ajoute Jean-François Audet. L’analyse des données permettra ainsi de réagir en amont, par exemple pour éviter qu’ils se retrouvent à sec, dit-il.
Autre avantage, selon Kaëla Éthier-Bergeron : cette capacité d’anticiper certaines situations permettra d’éviter la réalisation de travaux d’urgence de même que l’importante facture qui, bien souvent, les accompagne.
Une aide au maintien des actifs
Nordikeau a également pris une participation, dans la firme EIM7, qui a développé la plateforme numérique, Citadel, spécialisée dans la gestion des actifs municipaux.
Si elle permet d’inventorier les infrastructures d’eau potable et d’eaux usées, la plateforme Citadel remplit toutefois un mandat plus large, car elle inclut l’ensemble des actifs municipaux de différentes natures, allant des équipements d’entretien aux parcs et autres infrastructures.
De façon pratique, Citadel facilite l’élaboration de plans d’entretien des actifs pour les équipes municipales. Un avantage de taille, alors que les municipalités doivent désormais répondre à des exigences accrues en matière de gestion des actifs de la part de différents paliers de gouvernement.
Selon un portrait réalisé par le Centre d’expertise et de recherche en infrastructure urbaine (CERIU), les infrastructures en eau du Québec (en incluant la chaussée qui les recouvre) accusaient, à elles seules, un déficit de maintien des actifs de 49 milliards de dollars en 2025. Et ce, uniquement pour celles à risque élevé ou très élevé de défaillance.
« Les retards d’entretien viennent souvent du fait qu’on n’a pas de plan », fait valoir Jean-François Audet.
Dans les circonstances, Nordikeau affirme être en mode solutions. Et ce défi mobilise l’ensemble de ses équipes.
Le taux de chômage augmente chez les jeunes, mais le taux de placement est
de 100 % dans les métiers de l’eau. »
— Jean-François Audet, vice-président aux ventes et projets spéciaux chez Nordikeau
