Depuis 2017, le Centre d’expertise et de recherche en infrastructures urbaines (CERIU) publie chaque année le Portrait des infrastructures en eau des municipalités du Québec (PIEMQ). Pour produire ce portrait en 2025, il a compilé les données provenant de 938 municipalités, soit 85 % des municipalités québécoises, qui représentent 99 % de la population totale.
La production d’une représentation précise des réseaux d’eau potable et usées du Québec repose sur un processus rigoureux d’extraction, de nettoyage, de standardisation et de validation des données issues des documents municipaux. Ces informations relatives aux inventaires, aux états et aux valeurs de remplacement, sont diffusées à tous les échelons pour guider les investissements, qu’il s’agisse d’entretenir le réseau actuel ou de planifier son renouvellement.
C’est un travail collectif essentiel qui nécessite l’engagement continu de tous les acteurs de la chaîne de production de l’information – de l’opérateur à l’ingénieur municipal, en passant par les inspecteurs et, lorsque la municipalité en dispose, les géomaticiens – pour garantir la fiabilité des données sur notre réseau.
Quelques chiffres clés sur l’état des infrastructures en eau en 2025
- 101 105 km de conduites (eau potable, eaux usées et eaux pluviales)
- 10 659 ouvrages (stations de traitement, réservoirs, etc.)
- 197,6 milliards de dollars : valeur de remplacement (coût pour reconstruire le réseau à neuf, y compris la tranchée au-dessus des conduites)
- 67 % des infrastructures en bon ou en très bon état
- 20,6 milliards de dollars: investissement théorique pour remplacer les infrastructures les plus critiques (considérées en mauvais ou très mauvais état)
Comprendre l’évolution : au-delà de l’inflation
À ce stade, il est légitime de se demander comment ce montant évalué pour la réfection des infrastructures les plus critiques, soit 20,6 milliards de dollars, évolue réellement au fil du temps.
Extrait du nouveau PIEMQ de 2025, le graphique suivant illustre l’évolution de la valeur des infrastructures considérées en mauvais ou très mauvais état (classées D ou E) entre 2021 et 2025.
Pour isoler l’effet de l’inflation, ces chiffres sont présentés de deux manières : en dollars courants et en dollars constants de 2025. Cette approche permet de distinguer l’augmentation des coûts de construction de l’évolution réelle de l’état des infrastructures depuis 2021.
Variation de la valeur des infrastructures en eau classées D ou E de 2021 à 2025 (en G$)

En dollars constants de 2025, la valeur des infrastructures classées D ou E montre une progression constante. Trois facteurs expliquent cette tendance : des inspections plus approfondies identifiant des défectuosités auparavant invisibles, la dégradation naturelle des infrastructures, et l’augmentation du nombre de municipalités considérées annuellement.
À noter que, malgré l’augmentation de la valeur de remplacement des infrastructures classées D ou E, leur proportion par rapport à la valeur globale du réseau demeure stable depuis 2021. Cette stabilité est un indicateur clé : elle révèle un certain équilibre entre la découverte de nouvelles défectuosités et les efforts constants de renouvellement des infrastructures. Mais pour maintenir cet équilibre, il faut d’abord comprendre où concentrer les efforts. C’est là que la qualité de l’information devient essentielle.
Une connaissance des infrastructures municipaleS en eau qui gagne en précision
Depuis 2017, le portrait que produit le CERIU fait bien plus que décrire l’état des infrastructures, il témoigne de l’évolution des pratiques de gestion des données au sein des municipalités. Aujourd’hui, grâce à une base de données enrichie année après année, la vision obtenue est beaucoup plus fidèle à la réalité provinciale. Le progrès est tout aussi tangible à l’échelle locale. Les municipalités maîtrisent désormais mieux l’inventaire et l’état de leurs réseaux, soutenues par les aides financières liées aux plans d’intervention. Ces connaissances seront renforcées par la réalisation des plans de gestion des actifs d’eau dans les années à venir.
Investir dans la qualité des données
Cependant, une part d’incertitude persiste dans l’état déclaré de certaines infrastructures. Cette marge d’erreur influe sur leur classification finale (de A – en très bon état – à E – en très mauvais état) ainsi que sur l’estimation de leur valeur de remplacement.
Comme le montre le schéma suivant, 75 % des infrastructures (soit 147,9 milliards de dollars) sont encore évaluées selon leur âge ou le jugement professionnel plutôt que sur la base d’une inspection physique.
S’il est techniquement impossible d’inspecter l’ensemble du réseau chaque année, l’effort doit se concentrer sur les infrastructures les plus décrépites (D et E). Or, en 2025, 43 % de ces infrastructures (soit 8,8 milliards de dollars) sont encore évaluées selon des critères subjectifs.
Répartition de la valeur de remplacement selon l’état et la source d’évaluation
Cette incertitude devrait diminuer au fur et à mesure que les inspections progressent. Toutefois, le véritable levier réside dans une stratégie de données cohérente. Il est donc nécessaire que les municipalités se dotent de ressource – ou les mutualisent – pour mieux récupérer, centraliser et analyser leurs données. Elles pourraient ainsi passer d’une vision fragmentée à une connaissance historique de l’évolution de l’état physique et fonctionnel de leurs réseaux.
Pour aller plus loin
Centre d’expertise et de recherche en infrastructures urbaines (CERIU) (2025). Portrait des infrastructures en eau des municipalités du Québec (PIEMQ).
Ce projet est réalisé avec le soutien du gouvernement du Québec dans le cadre du Programme d’infrastructures municipales d’eau 2023-2033.