Économie d’eau potableFais comme ci, fais comme ça

Fais comme ci, fais comme ça

Par Gregory Pratte

« Fais pas ci, fais pas ça, patati et patata », chantait Jordy, la jeune coqueluche des années 1990, dans le succès planétaire Dur dur d’être un bébé. Vous n’avez pas la référence ? Je vous avertis : c’est un véritable ver d’oreille !

Pourquoi je vous parle de ça ? Parce que quand je pense à ce qui se fait en matière d’information, de sensibilisation et d’éducation (ISÉ) dans le domaine de l’eau, j’ai l’impression qu’on fait jouer la même cassette depuis des décennies. Ne laissez pas couler l’eau quand vous vous brossez les dents. Ne prenez pas des douches trop longues. Ne lavez pas votre entrée d’asphalte. Bref, beaucoup de « ne » et de « pas ». Plutôt négatif, non ?

Quand l’interdit devient le message

La majorité des communications sur l’eau se sont bâties sur un même thème : l’interdit. Pourtant, malgré tous ces messages, les lingettes continuent de causer des problèmes dans les usines de traitement des eaux usées.

Quand on dit « Ne jetez pas vos lingettes dans les toilettes », le cerveau retient les mots « lingette » et « toilette ». Même chose quand on répète que tout le monde gaspille l’eau. Le message involontaire devient : « Gaspiller, c’est normal. Tout le monde le fait. » Je sais, on est mal faits.

La réalité, c’est que les gens changent moins par peur ou par culpabilité que par clarté, par facilité ou même par sentiment d’appartenance. Autrement dit, on change quand on sait quoi faire, quand c’est facile et quand on a l’impression que les autres embarquent aussi.

Dire ce qu’il faut faire

Revenons à l’exemple de la toilette. Au lieu de diffuser une liste interminable de choses à ne pas y jeter, créons une règle simple, positive et facile à adopter. Quelque chose comme : « Si ça sort de ton corps, ça va à la toilette. »

Oui, je vous vois venir avec le papier de toilette. Mais avec la popularité grandissante des bidets, on espère bien qu’il deviendra une curiosité d’une autre époque. Pourquoi ne pas inventer une ritournelle avec les mots « pipi », « caca » et « bidet » ?

Même logique pour la consommation d’eau : « Tu aimes chanter dans la douche ? Justement, ta douche devrait durer le temps d’une chanson. » On est tellement créatifs au Québec, on est capables de trouver des messages accrocheurs.

Montrer les retombées, pas juste les problèmes

Bien gérer l’eau, ça rapporte. Ça, vous le savez déjà. Mais est-ce que le citoyen a reçu le mémo ? On met beaucoup d’efforts à expliquer ce qui va mal, et bien moins à faire voir ce qui va bien quand on adopte les bons gestes.

Mettons l’accent sur les avantages. Moins d’eaux usées à traiter, moins d’énergie consommée. Moins de pression sur les installations, une durée de vie plus longue pour nos infrastructures. Moins de lingettes et de restes de soupe grasse dans les égouts, moins de bris et d’interventions d’urgence dans les usines de traitement d’eau. Au bout du compte, ça se traduit par une meilleure utilisation des fonds municipaux.

Me semble qu’on veut tous ça. Ce sont des gains concrets qui touchent le quotidien des citoyens. À nous, collectivement, de les rendre plus visibles.

Quatre leviers qui ont fait leurs preuves

J’ai réussi à vous donner envie de faire bouger les choses ? Allons un peu plus loin. Voici quatre leviers de changement éprouvés.

  1. Rendre le bon geste facile

L’humain aime la facilité. Une poubelle bien placée dans la salle de bain peut éviter que des lingettes, des bouts de soie dentaire ou des Q-Tips finissent dans la cuvette. Quand le bon choix est aussi le plus facile, on n’a pas besoin de convaincre.

  1. Miser sur la norme sociale

Il ne faut pas sous-estimer le fameux « Tout le monde le fait, fais-le donc toi aussi ». Plutôt que de marteler que trop de gens gaspillent l’eau potable, dites que la majorité des voisins respectent les horaires d’arrosage. Les gens ont tendance à suivre ce qu’ils perçoivent comme étant la norme. Mettons donc de l’avant les modèles à suivre au lieu des mauvais comportements qu’ils pourraient être tentés de reproduire.

  1. Célébrer les bons coups

Une ville qui réduit sa consommation d’eau, une école qui a créé une campagne de sensibilisation, un organisme qui fait les choses autrement : racontez ces histoires-là. La fierté collective est un puissant moteur, et elle est pas mal plus efficace à long terme que la culpabilité.

  1. Éduquer tôt

Parler positivement de l’eau à l’école, sensibiliser les jeunes à l’importance d’en prendre soin, leur montrer le chemin qu’elle parcourt, c’est semer quelque chose qui peut durer longtemps. Une visite dans une usine de filtration, ça change le regard pour toujours. Quand on comprend d’où vient l’eau du robinet et où va notre pipi après avoir tiré la chasse, on a naturellement tendance à la respecter.

D’ailleurs, je tiens à souligner le travail exceptionnel du Centre d’interprétation de l’eau (C.I.Eau), à Laval, qui propose plusieurs activités pédagogiques. On devrait donner plus d’amour, mais aussi plus de moyens financiers, à cet organisme qui fait œuvre utile. Ce genre d’initiative augmente les chances que les jeunes deviennent des ambassadeurs une fois rendus à la maison.

Accompagner plutôt que chicaner

Au fond, c’est simple. Il est temps de passer d’une communication qui surveille et qui chicane à une communication qui accompagne. Traiter les citoyens comme des partenaires capables de faire les bons choix, plutôt que comme des personnes qu’il faut sans cesse corriger.

Oui, de l’eau, au Québec, on en a. Mais pour combien de temps encore ? L’avenir le dira. Mais d’ici là, je pense qu’on doit en parler autrement, avec plus d’optimisme, de fierté et de clarté. C’est connu : on protège ce qu’on aime, et on aime tellement mieux ce qu’on comprend.

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