ÉditosAu feu ! Les métiers de l’eau manquent de relève

Au feu ! Les métiers de l’eau manquent de relève

Par André Dumouchel

Pour la plupart d’entre nous, ouvrir un robinet et remplir un verre d’eau compte parmi les gestes les plus banals qui soient. On oublie pourtant trop souvent que cette facilité n’existe que grâce au travail de milliers de personnes qualifiées qui veillent, aux quatre coins de la province, à la qualité et au traitement de cette ressource que l’on tient pour acquise.

Mais dans le monde de l’or bleu, tout n’est pas rose. Une préoccupante pénurie de main-d’œuvre perdure au sein des métiers de l’eau, comme le rapporte le reportage principal de cette parution du magazine Source.

Selon Dominique Dodier, directrice générale d’EnviroCompétences, comité sectoriel de main-d’œuvre de l’environnement, quelque 2000 travailleurs de l’eau partiront à la retraite au cours des prochaines années. Le hic, c’est que la relève ne se bouscule pas au portillon : les formations en traitement de l’eau au Québec – une dizaine au total – ne produisent qu’environ 150 diplômés par année.

Ces chiffres sont inquiétants, d’autant plus que la situation n’est pas nouvelle. Elle est connue depuis longtemps. Pour pallier le manque, certaines entreprises, comme Hélios et Nordikeau, se sont tournées vers la France, où un arrangement de reconnaissance mutuelle des qualifications facilite les démarches de recrutement.

Nouvelle ombre au tableau, la révision du Programme de travailleurs étrangers temporaires (PTET) a fait passer la durée des permis de travail de deux ans à un an au renouvellement, tout en haussant les seuils de salaires d’environ 20 %. Un véritable cauchemar pour les employeurs.

Le président fondateur de Nordikeau, Jean-François Bergeron, dit avoir plaidé avec d’autres joueurs de l’industrie pour que le secteur soit exempté de ces nouvelles dispositions. Le gouvernement aurait tort de continuer à faire la sourde oreille.

Faut-il vraiment rappeler la tragédie de Walkerton, en Ontario, survenue en 2000 ? La contamination du réseau municipal d’eau potable par la bactérie E. coli avait causé la mort de sept personnes et en avait rendu malades plus de 2000 autres. Cela s’est produit dans la province voisine, pas dans un pays du Tiers-Monde, et pourrait très bien arriver dans une municipalité près de chez vous.

Modèles porteurs

Heureusement, certaines initiatives – du milieu de l’éducation en particulier – commencent à porter leurs fruits. Le centre de services scolaire des Trois-Lacs, qui offre le seul diplôme d’études professionnelles (DEP) en traitement de l’eau au Québec, a innové en « délocalisant » sa formation. .

Lancée à Vaudreuil-Dorion, où elle était jusqu’ici exclusivement offerte, la formation est désormais accessible à Québec, Victoriaville et Gatineau, en collaboration avec certaines municipalités. Cela répond à un besoin réel, comme en témoigne le chef de la division du traitement des eaux de Victoriaville.

Saluons également l’audace du Cégep de Shawinigan, qui a su adapter son programme d’attestation d’études collégiales Techniques de gestion des eaux aux réalités d’aujourd’hui en développant une formule hybride, qui amalgame cours en ligne et cours en présentiel. Résultat : davantage de candidats, venus de toutes les régions.

Mais, dans la foulée, un autre constat s’impose. Si le taux de chômage tend à augmenter au Québec et que la hausse des inscriptions aux différentes formations offertes demeure timide, peut-être faut-il y voir un cruel manque de notoriété pour les métiers de l’eau.

Chose certaine, la sonnette d’alarme résonne depuis trop longtemps. Il faut impérativement que le nombre d’opérateurs et de techniciens qualifiés augmente dans les usines de traitement et d’épuration d’eau. Et vite ! Les besoins sont criants, et la pression demeure forte pour ceux et celles qui gardent le fort et s’assurent chaque jour de nous offrir une eau potable de qualité.

Le reportage « Recherché : relève pour les métiers de l’eau » publié dans nos pages présente des pistes de solutions. Les idées ne manquent pas. Il ne reste qu’à ouvrir les vannes.

 

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